Appel à l’autodétermination des peuples primitifs

Ceci s’adresse à toutes celles et ceux qui trouvent que définitivement le monde marche sur sa tête; qui sont convaincus qu’ils sont les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour eux ou pas; qui pensent que les chefs, les patrons, les gouvernants ferait mieux de s’occuper d’eux-même et de laisser les autres en paix; qui ont compris que « la Belgique » comme de nombreuses autres institutions humaines peut bien disparaître dans les limbes de l’histoire.

Ron Embleton stone age man

Le pouvoir organise l’anarchie

Dans un avenir proche l’Etat qui nous gouverne va s’effondrer, il s’agit d’une occasion à ne pas manquer pour s’en débarrasser définitivement et revendiquer notre droit à l’autodétermination. Il faut bien faire comprendre à ceux qui sont en train d’organiser ce vieux rêve anarchiste de disparition de l’Etat que l’esprit libertaire est encore vivant ! S’il y a une chance pour que nous ne soyons enfin plus considérés comme Belge, ce n’est par pour être à nouveau assujettis comme Bruxellois, Wallons ou quelque autre tribus autochtone.

Pensée d’indépendance

Hier nous étions reconnus Belge, demain nous nous autoproclamerons Humain, Firmin, Perlin-Pinpin ou quoi que ce soit d’autre. Le choix de notre avenir n’est ni limitatif, ni prédéterminé. Pour ma part, j’entends qu’au moment de la mise à mort de la Belgique mon indépendance me soit rendue (je l’ai perdue quelques heures après ma naissance). Je revendique le droit de décider de quelle vie je veux, de comment, où et avec qui je désire la vivre.

Ecrire à Deux pour rester Un

J’invite tous ceux qui sont intéressés de profiter de cette opportunité de prendre les devants. Il s’agit dès maintenant d’informer les personnes en charge de l’après-Belgique de vos revendications. Ceci afin d’être invité à la table des négociations (qui paraît-il est toujours bien remplie) et de vous faire entendre.

Voici un projet de lettre pour le roi Albert Deux (c’est lui le futur ancien chef).

Bonjour Monsieur Deux,

Par la présente je tiens à vous informer de mes revendications afin que celles-ci puissent être prisent en compte lors des négociations à venir concernant le démantèlement de la Belgique.

Avant toutes choses, je tiens, pour chaque question ayant des conséquences sur mon existence, d’une part à être présent et d’autre part à ce qu’aucunes décisions ne puissent être prises sans mon consentement.

Premièrement, je demande que mon indépendance me soit rendue de manières totale, immédiate, définitive et inconditionnelles et qu’elle ne me soit pas reprise pour être transférée à une autre autorité qui viendrait remplacer l’Etat disparut.

Ensuite, je demande la reconnaissance internationale avec siège à l’ONU et droit de véto au conseil de sécurité (non là je déconne, j’ai vraiment des tas d’autres choses à faire).

Deuxièmement, je demande réparation intégrale pour tout les moments gâchés ou perdus (liste en cours de rédaction) en raison de mon statut de sujet de l’Etat Belge.

Dans l’attente d’une réponse de votre part,

Je reste à votre disposition pour toutes questions concernant cette missive.

Bien à vous,

Stevens Jean-Charles

Voter abstentionniste

Profitons de cette période post-électorale, certainement plus propice, pour avoir une saine réflexion sur les élections. Avant de se demander pour qui faut-il voter le citoyen devrait se poser la question de savoir s’il faut aller voter ? Quels bénéfices peuvent-être retiré d’un tel questionnement ? Pour quelles raison faudrait-il ou ne faudrait-il pas se rendre aux urnes ? Quels en sont les conséquences ?

L’attention sur l’abstention

L’abstentionnisme n’est pas un enjeux creux ni un faux débat. Accepter de remettre en cause le bulletin de vote permet de mettre en abîme la démocratie tel que nous la vivons, d’en faire une critique radicale. Ce n’est qu’en élevant le débat à ce niveau que les limites de système actuel peuvent être perçues et analysées. Questionner le vote c’est révéler le caractère limité de celui-ci. C’est prendre conscience que, quelque soit le résultat des urnes, une partie importante de notre réalité sociale n’en subira aucun changement. Ne pas aller voter c’est être conscient que ce qui entoure les élections relèvent pour une grande part du mythe de la responsabilité (voir sur la question: http://jcstevens.wordpress.com/2009/02/02/le-responsable-politique/).

Peu d’appelés et encore moins d’élus

Patrick Coffaro: Appel des papillons

Limitées dans leur potentiel de transformation sociale, les élections le sont également en terme de choix. Les partis, candidats et programmes soumis aux électeurs sont restreints, déterminés, élaborés et finalement présentés au peuple par une petite caste qui disposent d’un accès privilégié aux ressources intellectuelles, financières et de communications. Peu de citoyens disposent du temps et des outils adéquats pour participer correctement aux débats politiques et encore moins sont appelés à pouvoir se présenter devant leurs pairs pour se faire mandater. Les débats politiques ne sont pas des débats publics mais des représentations en publics.

Les principaux arguments anti-vote ou pro-abstentionisme peuvent être classés en deux groupes: les résignés et les révoltés. Pour les premiers, voter est inutile car de tout façon cela ne changera rien. Les seconds, quant à eux, avancent que voter est nuisible à leur liberté car cela revient à se choisir un maître. Ces deux logiques mettent à jours des vrais problèmes politiques. Car oui, d’autres forces et intérêts traversent la société et agissent indépendamment du pouvoir politique sensé régler notre vivre ensemble. Et oui, notre système d’organisation politique (la démocratie représentative) n’est pas un outil efficace d’émancipation des individus.

Des petits peu de rien du tout

Cependant, ces deux critiques font, lorsqu’elles deviennent pratique, la même erreur en la prenant par des bouts différents. L’une confond peu et rien et l’autre peu et tout. En effet, d’une part, si les élections n’ont que peu d’influence sur le cours de choses, elles ne sont pas pour autant dénuées d’effets concrets. D’autre part, se choisir un représentant n’entraine pas nécessairement un abandon de toutes actions politiques. Ce qui est par contre certain, c’est que dans les deux cas, cette abstention pratiquée est un renoncement d’une parcelle de pouvoir, aussi limité soit-il. De fait, les décisions des élus sont bien palpables et réels dans la vie quotidienne et ne pas se choisir de maître ne signifie pas automatiquement ne pas en avoir !

Ouvrir les portes de la perception

porte de perception

Le vote ne doit pas et ne devrait pas être vu comme la quintessence de l’action politique. La vie quotidienne est politique pour autant que l’intention y soit. La solution abstentionniste proposées n’assure pas le dépassement des critiques qu’elle formule. Elle ne permet pas en soi un changement de société ni n’augmente la marge de liberté des individus. Par contre, elle ouvre une nouvelle perception du champs d’action citoyen. C’est elle qui invite à penser de nouveaux principes de répartition du pouvoir, de nouveaux moyens de gérer le vivre ensemble. Sa force déstabilisatrice évite l’assoupissement du votant. Néanmoins elle ne doit pas, par excès de zèle puriste, conduire à sa fuite.

Le voile, la loi, la liberté

Voici, une nouvelle version du précédent article (Du voile et autres caches misères), adapté et proposé le 30 avril 2010 en carte blanche aux journaux  Le Soir et La Libre Belgique.

Quoi qu’ils en disent, celles et ceux qui souhaitent interdire le port du voile poursuivent la même finalité que celles et ceux qui désirent l’imposer. Leur logique est identique: ils entendent, par le biais d’un code vestimentaire, imposer à une autre personne une valeur qui leur est propre. Qu’il s’agisse de religion, de sécurité, de liberté ou de neutralité importe peu. Ensemble, ils partagent ce même souci de soumission de l’individu. Leur horizon commun est l’uniforme. Ils ne se rendent pas compte qu’ils ne portent que les habits des valeurs qu’ils prétendent défendre. Si la religion, la sécurité, la neutralité et la liberté étaient affaire d’accoutrement, la sagesse, la confiance, le respect et l’autonomie seraient certainement plus à la mode.

Du nudisme à la burqua

Depuis toujours, l’habillement est l’enveloppe culturelle de l’être humain; il est porteur de sens et de signification; il permet aux uns et aux autres de se connaître et de se reconnaître, de se présenter et de se représenter. Qu’elle soit absente ou intégrale, cette seconde peau, si elle est revêtue librement, engage la personne qui la porte. Par cet acte, elle exprime qui elle est et comment elle entend entrer en contact avec les autres. Bien que se faisant dans l’espace publique, cette expression de soi relève du privé, du personnel. Elle est un attribut du sujet et lui appartient de manière exclusive.

Marcel Duchamp Nu descendant l'escalier n2 1912

Dès que cet emballage du corps n’est plus l’objet d’une décision libre et qu’il est imposé, tout s’inverse. La personne n’est plus considérée comme un individu responsable, capable de donner et de trouver sens à sa tenue. Telle une poupée, elle devient l’objet d’un autre qui l’habille et la déshabille selon ses souhaits. Le corps de l’autre devient alors un objet, sur lequel l’autre affiche sa volonté de puissance. Les exemples les plus aboutis en sont les uniformes. Depuis toujours, ceux-ci sont des instruments de pouvoir permettant contrôle et soumission. Ceci vaut aussi bien pour le policier, le milicien, le détenu, l’écolier et la femme voilée, que pour les travailleurs tenus de se présenter en complet veston ou l’adolescent en vêtements de marque. Celui qui est forcé d’endosser un uniforme délaisse cette souveraineté dont il dispose sur sa garde-robe. Ainsi, à chaque instant, la tenue qui lui est imposée lui rappelle qu’il ne s’appartient pas et informe les autres de son état de soumis.

Justicier masqué et voile de suspicion

Selon la position officielle, l’interdiction du voile intégral se justifie principalement pour une raison de sécurité, l’objectif étant de permettre l’identification de toute personne dans l’espace publique. Premièrement, pour ce qui est de la sécurité publique, les femmes voilées intégralement ne sont pas, que je sache, plus criminelles que les autres. Ensuite, l’idée qui se profile derrière cette interdiction est celle du contrôle permanent et généralisé, chacun devant être identifiable à tout moment, car le danger peut venir de partout. Dans ce cas, le maquillage, les lunettes, les perruques, la chirurgie plastique, les barbes et moustaches, les chapeaux et tout ce qui peut gêner notre identification devraient être interdits. Cette pente sécuritaire est glissante et ressemble plus à de la paranoïa qu’à une gestion saine du vivre ensemble. N’est-il pas plus simple, plus efficace et plus sage de permettre ponctuellement (comme c’est déjà le cas) à la police de contrôler telle ou telle personne pour tel ou tel motif ? Comment travaille la police, dans les pays où le voile intégral est fréquent ?

Neutralité et neutralisation

Selon certains, pour garantir la neutralité, il faudrait refuser le port du voile. Ceux-ci semblent oublier qu’être neutre signifie ne pas prendre parti, être capable de transcender ses intérêts individuels. Ce qui n’implique ni le reniement de soi, ni la soumission. Cette attitude ne relève pas du domaine de l’apparence, mais se rapporte à une disposition de l’esprit. La neutralité concerne l’espace, l’enseignement et l’administration publiques mais pas les passants, ni les enseignants, ni les fonctionnaires. Ce n’est pas ce qu’ils sont qui doit être neutre, mais les actes qu’ils posent dans l’exercice de leur fonction, pas ce qu’ils portent, mais comment ils se comportent.

Sous prétexte de protéger une certaine conception de neutralité, on assiste, en réalité, à une neutralisation de certaines catégories de la population et de leurs propres allégeances. Il y a un souhait (à peine voilé) de remplacer chez l’autre ce maître Allah, qui fait tant peur à l’Occident.

Devoir de solidarité et pouvoir d’ingérence

La prohibition du foulard devrait libérer les femmes musulmanes, mais la liberté ne peut être ni donnée, ni forcée. Une telle interdiction ne permet donc pas de l’atteindre, elle n’en donne que l’apparence. La libération est un cheminement responsable, autonome, indépendant, intrinsèque, qui ne doit, ni ne peut, être imposé de l’extérieur. Cela ne signifie pas que la personne souhaite être isolée ou abandonnée, mais seulement rester maître de sa propre destinée. L’attitude adéquate à son égard est la solidarité. Il ne s’agit pas d’intervenir mais de soutenir, ni de forcer mais de proposer. Dans le cas contraire, il y a ingérence. L’on ne vise pas à aider l’autre, mais à prendre la place de l’ancien maître, de celui qui sait ce qui est bon pour le soumis. Une telle intervention porte atteinte à la volonté des personnes qui souhaitent, en connaissance de cause, porter ce type de marque de soumission. De plus, elle stigmatise une communauté qui risque fortement d’effectuer un repli identitaire, vers ce qu’il a de plus rétrograde et d’inacceptable.

Voie légale et voile légal

Toute interdiction est une limite à la liberté. L’utilisation de cette entrave doit donc être soumise au critère de proportionnalité. Cela signifie que la mesure envisagée doit être appropriée (permettre d’atteindre le but recherché), nécessaire (être la moins attentatoire aux droits et libertés) et équilibrée (caractère raisonnable des coûts et bénéfices). Dans le cas présent, il apparaît que les mesures proposées sont disproportionnées. Elle ne permettent pas d’atteindre raisonnablement leurs objectifs de sécurité, de neutralité et de liberté.

Et voilà la liberté

Ce débat révèle, d’un côté, la tolérance dont notre société fait preuve face aux mécanismes de domination et de soumission qui la traversent, et de l’autre, la pauvreté des moyens mis en œuvre pour favoriser l’émancipation des individus qui en sont victimes. A ce titre, celles et ceux qui entendent forcer les autres à se vêtir ou se dévêtir de telle ou telle manière peuvent aller se rhabiller.

Du voile et autres caches misères

Les débats sur le voile pourraient être l’occasion d’ouvrir des discussions fort intéressantes… Cependant, poser la question comme cela se fait actuellement masque l’ampleur du sujet. Contrairement à ce qu’il apparait au premier abord, la difficulté ne réside pas dans le fait qu’il s’agit d’une question religieuse mais bien dans la manière dont les termes de la discussion sont posés. Le nœud se situe ailleurs. Ce qui est en cause, c’est cette relation qui se noue entre des dominants et des soumis. En fin de compte, la place de la religion dans la sphère publique est peu relevante. Ce qui importe est plus de savoir quelle est la tolérance d’une société face aux mécanismes de domination et de soumission qui la traversent.

Chacun cherche son maître

Ouvrir la discussion en ces termes a l’avantage de mettre tout-le-monde sur pied d’égalité. Un rapide examen de la situation démontre que la religion (musulmane en l’espèce) n’a pas le monopole de cette relation domination-soumission.

Pour rester dans la terminologie désormais autorisée du débat, il est aujourd’hui possible de trouver de nombreux signes vestimentaires

Insigne d'officiers de l'armée

ostentatoires de tels types de relations. Qu’il s’agisse du treillis du militaire, du trois-pièces du cadre, de la vareuse de couleur du syndicaliste, de l’uniforme de l’écolier la logique est la même. Il s’agit chaque fois de l’imposition par une autorité (étatique, économique, militante, pédagogique) d’un code vestimentaire. Celui-ci marque la soumission du corps à une autorité afin de former un esprit de corps. La fonction première de l’uniforme reste de désindividualiser (donner une forme unique), de freiner tout exercice de la liberté. Ces manifestations se font dans des lieux publics, des administrations, sans que quiconque ne s’en inquiète.

La liberté imposée

Ce qui se trouve en toile de fond est cette difficile question de la liberté et des processus d’émancipation. Pour les individus (ou une société), la libération est un cheminement autonome, indépendant, intrinsèque. Jamais celle-ci ne doit et ne peut être imposée de l’extérieur, sous peine d’échec. Les pseudos réussites des méthodes d’ingérence humanitaire et d’école émancipatrice illustrent parfaitement cela. La liberté ne peut ni être donnée, ni être forcée.

Le subi et le soumis

Le point de départ du processus libérateur est une prise de conscience chez  la victime: il n’y a point de domination sans servitude. Celle-ci n’est pas subie mais requiert un acte: la soumission. Quelque soit la force de la crainte ou de l’habitude qui la génère, la servitude n’est pas une fatalité contre laquelle celui qui en est victime ne peut rien faire. Celui qui entend s’en défaire doit réagir. L’importance de ce rejet est à l’exacte mesure du respect qu’il ou elle porte à sa liberté.

La servitude peut, à partir de là, devenir un acte volontaire par lequel l’individu accepte de renoncer à sa liberté pour d’autres biens (la vie, la religion, la patrie, le travail…). Pour sortir de cela, il n’y a que deux voies. Soit le maître renonce à sa domination (ce qui est peu probable), soit le soumis décide de ne plus obéir et accepte éventuellement d’en payer le prix.

Devoir de solidarité et pouvoir d’ingérence

Par cette démarche libératrice, l’individu (ou la société) se proclame comme autonome et responsable. Ceci ne signifie pas qu’elle souhaite être isolée ou abandonnée par les autres, mais seulement qu’elle entend rester maître de sa propre destinée. L’attitude requise de la part des tiers à cette relation est la solidarité. Les extérieurs ne doivent pas intervenir mais soutenir, pas forcer mais proposer. Dans le cas contraire, ils font preuve d’ingérence. Ils ne visent en réalité pas à aider l’autre mais bien à prendre la place de l’ancien maître, de celui qui sait ce qui est bon pour le soumis.

Le voile, la loi, la liberté

Si dans une collectivité (politique, culturelle, religieuse, communautaire, familiale), un comportement (le port du voile pour les femmes par exemples) est imposé ou prohibé (ce qui revient à imposer de ne pas faire), cela signifie que des personnes doivent se soumettre. Si au nom de leur liberté, certains ou certaines entendent ne pas s’y conformer, ils vont réagir en exerçant leur libre choix.  Cette lutte est donc bien menée et souhaitée par celles et ceux qui entendent affirmer leur liberté. Ceux qui respectent la liberté ne sont donc pas ceux qui imposent leur norme aux autres.

Voie légale et voile égal

Harris: Allegeances

Toute interdiction est une limite à la liberté. L’utilisation de ces entraves dans une société qui entend la promouvoir doit donc être soumis au critère de proportionnalité. C’est à dire que la mesure envisagée doit être appropriée (permettre d’atteindre le but recherché), nécessaire (être la moins attentatoire aux droits et libertés) et équilibrée (caractère raisonnable des coûts et bénéfices).

Selon la position officielle, il s’agit, grâce à l’interdiction du foulard, de libérer les femmes musulmanes et de protéger la laïcité qui elle-même protège les libertés.  Il apparaît qu’une telle mesure est disproportionnée car elle ne permet pas d’atteindre son but en ce qu’elle n’assure nullement une libération, mais n’en donne que l’apparence. De plus, elle porte atteinte à la volonté des personnes qui souhaitent en connaissance de cause porter ce type de marque de soumission. Enfin, elle stigmatise une communauté qui risque fort bien d’effectuer un replis identitaire vers ce qu’elle a de plus rétrograde et d’inacceptable.

Ceci s’apparente plutôt à une forme d’ingérence (elle impose une solution) et de souhait de voir “l’Autre” se débarrasser de ce maître (Allah) qui fait tant peur à l’Occident. L’objectif n’est pas d’aider l’autre à trouver son propre chemin vers sa liberté, mais plutôt de forcer une catégorie de la population à renoncer à certaines de ses allégeances au profit d’une soumission (ce que requiert l’interdiction) plus complète à l’État (laïc). Car celui-ci sait bien que c’est la soumission qui permet de lever des armées de petits soldats et il n’entend pas autoriser ceci à n’importe qui.

Nécessaire neutralisation

Sous couvert de protéger une certaine conception de neutralité de l’espace public, c’est en réalité une neutralisation de pouvoir concurrent qui se joue. Les questions de liberté des uns et des autres et des moyens de permettre son épanouissement ne sont pas abordées. Le consensus semble acquis sur la nécessaire soumission de l’individu. La seule divergence concerne le maître qu’il faut servir. En ce sens, la Loi sur le contrat de travail et le Code Militaire n’ont rien à envier à la Charia et au Coran.

Réforme et Révolution

Qu’il s’agisse d’individus, d’associations, de partis ou de syndicats, les acteurs du changement social sont souvent convaincus que réforme et révolution sont des postures antagonistes voire antinomiques. C’est ainsi que la révolution est fréquemment sacrifiée sur l’autel du réformisme.  Pour quelles raisons celles et ceux qui veulent changer le monde finissent-ils par y renoncer ? Quelle est la place et le rôle du réformisme dans une perspective révolutionnaire ? Comment instaurer une dynamique révolutionnaire dans une pratique réformiste ?

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Les formes de l’évolution

Dès qu’il se met en action, le militant conteste l’ordre établi. L’insatisfaction est son premier moteur. C’est sur base du constat qu’il fait qu’il décide de se mettre en mouvement. Sa critique de la situation l’enjoint à agir en vue d’un mieux. Ce refus du système qu’il pose comme fondement de son action future est une attitude révolutionnaire, dans toute sa simplicité. Cette critique radicale des errements du passé permet d’envisager les potentialités à venir.

La révolution est de l’ordre du dire. La révolution n’est jamais atteinte. Elle est une aptitude de l’esprit qui repousse sans cesse les limites qui le constitue. Elle est un processus dynamique, capable de critiquer ses propres fondements.

La réforme relève du domaine du faire. Celle-ci est toujours contextualisée et trouve à se réaliser. Elle a pour point de départ et d’aboutissement le domaine du concret. La réforme implique de percevoir le monde et de l’accepter en tant que tel. Par la réforme le monde se re-forme.

Conformément rebelle

Chacune de ces deux facettes est fragiles et sont susceptibles, dès lors que l’une est privilégiée au détriment de l’autre, de se nuire mutuellement. Dans les deux cas, le mécanisme conduisant à ces écueils est le même. Il s’agit de la cohérence brandie comme une vertu. Par fidélité à ses idées, le révolutionnaire est amené à ne participer à la société que sur le mode du refus, sa révolution devient alors une rébellion. Or, le révolté est celui qui met en mouvement et le rebelle celui qui entre en guerre. Par accord avec ses actions, le réformiste quant à  lui ne va plus oser remettre en question ce qu’il a contribué à établir. De réformiste il devient conformiste. L’un et l’autre deviennent alors incapables de changer le monde.

Fusions et acquisitions

Pour éviter de tomber dans ces pièges, il apparaît utile de combiner voire d’intégrer ces deux attitudes. Chacune se nourrissant et s’épanouissant au contact de l’autre. Toute critique du système doit donc s’accompagner d’une action visant à réaliser ce qu’elle propose. C’est au travers de cette confrontation au concret que la critique peut se faire plus fine, plus pertinente et plus profonde. A l’inverse, c’est grâce à une analyse aiguë que l’action peut être efficace, efficiente et féconde.

Mushroom Cloud from the World's First Hydrogen Fusion Blast

Vertu pédagogique

En pratique, il s’agit de réintroduire dans les mouvements “révolutionnaires” une véritable pratique sociale capable de toucher le cœur de la cité, en interaction avec ses citoyens. Pour les “réformistes”, il va  falloir développer une critique radicale de leur propre pratique en vue d’en permettre le dépassement. La nouvelle vertu ne doit plus être la cohérence, mais la lucidité. C’est au travers de ces changements dans les manières de dire et de faire, qu’une véritable pédagogie militante peut émerger. Le révolutionnaire doit démontrer que des changements sont indispensables et le réformiste doit prouver qu’une auto-critique profonde est nécessaire.

Cette réunion permet l’émergence d’un militantisme  au quotidien, en n’oubliant pas que la révolution est pour demain. Les personnes et les organisations doivent être conscientes que si elle veulent poursuivre leur But, elles doivent dès aujourd’hui semer les germes de la transformation de ce qu’elles ont déjà acquis. Si ce n’est pas elles qui le font, d’autres s’en chargeront…

La faim et les moyens

Considérations préalables

La présente analyse ne vise pas les personnes qui luttent, ni l’objet de leur combat, mais sur une méthode qu’elles utilisent, la grève de la faim. Les remarques préliminaires formulées dans un précédent article (sans-papier mais sous contrôle) restent d’actualité.

Les forces en présence

Dans la problématique des sans-papiers, la puissance respective des protagonistes est fortement inégale. Face à des individus souvent atomisés, déracinés, déconsidérés, déshérités, désenchantés se trouve une puissance d’État (voir de plusieurs États comme c’est le cas en Europe) forte de sa cohésion, de sa richesse, de son administration et de sa police. Cette asymétrie structure le combat qui se livre. C’est elle qui détermine la forme que celui-ci va prendre, le terrain sur lequel il va se mener et les coups qui peuvent être portés. De quoi les grèves de la faim sont-elles le révélateur dans le combat qui oppose les migrants sans-droits aux sociétés qui les hébergent sans les accueillir ?5728vaincre-la-faim-affiches1

La guerre d’étranger

Le désintérêt, voir le mépris généralisé pour la problématique des sans-papiers, conduit régulièrement ceux-ci, lors du combat qu’ils mènent contre les États dont ils sont des résidents illégitimes, mais naturels, dans leurs derniers retranchements. C’est ainsi que le front se déplace fréquemment au-delà de la dernière frontière derrière laquelle peuvent se réfugier les migrants, leur propre corps.

Du champ de bataille…

Par la grève de la faim, les grévistes amènent la lutte en leur for intérieur. En ceci, ils marquent un avantage stratégique indéniable. Ils sont en terrain connu, où il n’y a ni dominant ni dominé, mais seulement une volonté guidée par une seule conscience, la leur. Quelle que soit la puissance de l’ennemi, sa victoire en ce domaine ne pourra jamais être totale sur les sans-papiers. Ceux-ci s’affirment par ce biais comme des hommes libres, des insoumis et ceci les honorent.

…aux champs de ruine

Malheureusement, c’est également là, dans ces corps, que se marquent les traces du combat. De plus, en ce lieu si reculé et si intime le risque est grand de voir le combat collectif se muer en traversée du désert en solitaire. Les risques encourus et les résultats obtenus y sont principalement individuels. Ici, pas de rues dépavées ni de barricades montées, pas d’administrations démantelées ni de législation réformée, seul reste au terme de l’épreuve, et qu’elle qu’en soit l’issue, des séquelles physiques et psychiques plus ou moins graves et plus ou moins irréversibles.

Expulsion intérieure

Cette technique de lutte conduit le gréviste à devenir son propre bourreau. Il se fait, par ce biais, agent de l’État en 177529_ba-vizier-watching-an-execution-affiches1réalisant, par l’extrême, l’absurdité et l’inhumanité du système. Il affirme son appartenance à la collectivité en devenant celui qui applique la loi mieux que quiconque. C’est lui qui refuse de nourrir cet étranger qui doit aller se nourrir ailleurs. En tarissant sa faim, c’est son étranger indésirable que le migrant tente de faire disparaître.

Le choix des armes ou le désarmement du choix

Mais le combattant doit-il être un martyr et la lutte une souffrance ? Cette méthode ne réalise-t-elle pas les souhaits les plus profonds du pouvoir ? Ceux par lesquels il rêve que tous ses sujets lui sont acquis corps et âme. Une multitude prête à donner leur vie pour la raison d’État et qui a définitivement renoncé à la satisfaction de ses propres plaisirs, en l’espèce celui de manger.

Mangeons sans entraves

Les luttes sociales ne peuvent se contenter de poursuivre un but. Elles doivent, être en elle-même, facteur de changement et de transformation. L’imagination et la créativité doivent animer les personnes qui se rassemblent pour changer l’ordre des choses. En se situant sur ce terrain là, le pouvoir se retrouve isolé, destitué, inconsistant. Le combat doit être, devenir ou rester un plaisir, un lieu d’épanouissement et d’apprentissage du goût exquis et enivrant de la liberté. Il s’agit d’affirmer le droit à la jouissance là où il est encore possible et de le revendiquer là où il n’est pas encore.

Le responsable politique

L’usage a consacré le terme de responsable politique pour désigner les élus. Mais le vote fait-il du mandataire politique un individu responsable ? Quels nouveaux individus sortent des urnes ? Les électeurs assument-ils complètement leurs choix ? Sont-ils prêts à supporter les conséquences de leur vote ? La responsabilité est selon l’étymologie l’action qui consiste à « se porter garant de », à « répondre de ». À qui donc peut-être reproché l’état de notre société ?

L’urne funéraire

L’opération électorale consiste à choisir des représentants et à leur donner un mandat pour exercer les charges qui leur ont été attribuées. Les missions confiées visent l’organisation du vivre ensemble. Pour réussir, l’homme politique va dicter aux citoyens les comportements qu’il attend d’eux.

Dans la théorie politique classique, le vote est donc une opération par laquelle l’électeur transmet une partie de son pouvoir à l’élu. Mais le pouvoir est-il réellement transmissible ? Est-il, tel le corps du Christ qui passe dans l’hostie lors de la communion des chrétiens (catholiques et orthodoxes) , capables de passer de votant au bulletin de vote pour ensuite rejaillir sur le corps politique ? La question mérite d’être posée.

Le pouvoir mis à nu

Le pouvoir n’appartient pas au domaine du factuel, mais de la faculté, il n’a pas de consistance matérielle, mais des conséquences matérialisées. Ce n’est pas une chose c’est un potentiel qui comprend une double dimension : une capacité d’agir et une puissance d’action. En tant que tel, le pouvoir que chacun détient est intransmissible, de la même manière que toute autre faculté telle que voir ou juger. Le seul usage que l’on peut faire du pouvoir c’est de l’exercer ou non.

Autoriser l’interdiction

En ce sens, le vote ne consiste pas à transmettre le pouvoir à un élu. Il s’agit, par contre, d’une part d’autoriser l’élu à user de son pouvoir et d’autre part d’empêcher l’électeur d’exercer le sien. Si l’enjeu du vote était l’amour et non le pouvoir, celui-ci consisterait à autoriser seulement les élus à aimer, les électeurs s’interdisant d’user de cette faculté. La case noircie dans l’isoloir réduit la capacité du citoyen et étend la puissance du politicien.

Déni de responsabilité

Lors de cette transaction, la responsabilité se perd, car dans son essence ce mécanisme nie cette capacité. L’autorisation (d’action) donnée à l’élu et l’interdiction (d’agir) posée à l’électeur conduit à les considérer tous deux comme irresponsables, car incapable d’un faire libre et autonome. Celui qui a besoin d’une autorisation est une personne à charge (donc non libre) tel un enfant. Quant à celui qui se voit interdit, c’est un incapable (donc pas autonome) tel un esclave.

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Soumis au vote

Cependant, la responsabilité ne s’élude pas si facilement. Car, au moment du vote, et uniquement à cet instant, la réalité du pouvoir de chaque individu est, de manière formelle, réaffirmée. Tout électeur est considéré à cet instant comme libre, autonome et responsable. L’enjeu consiste à faire durer cette considération dans le temps. Il faut donc savoir si l’électeur va accepter de porter les conséquences de son vote, à savoir : avoir créé un puissant et s’être rendu incapable.

L’électeur conséquent

Sous cet angle, le responsable politique ne devient plus l’élu, mais l’électeur. La non-action devient dès lors un acte librement consenti et dont les conséquences peuvent être imputées à son auteur, le votant. En outre, tout membre-électeur d’une collectivité politique doit accepter de se porter garant de l’exercice du pouvoir qu’il concède à ses élus. Les choix politiques et leurs conséquences posées par les élus ne leurs sont dès lors pas imputable tant qu’ils relèvent de leur mandat, seul le votant peut et doit en être tenu pour responsable.

L’attention à l’abstention

La première question qui mérite une réponse est celle de la participation au vote. Car quelle qu’en soit l’issue, celui qui y prend part cautionne. À moins que sur le bulletin n’apparaisse une case : « Abstention ».

L’OMC bientôt mise aux pas des droits de l’Homme par l’ONU ?

b147_bsauvetage-affichesVoici une traduction (approximative) du communiqué de presse du rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation.  Celui-ci est un préalable au rapport qui sera déposé en mars 2009 par le Belge Olivier de Schutter. Pour le première fois la question de la conformité des accords commerciaux internationaux avec les droits de l’homme est examinée par un organe de l’ONU.

NATIONS UNIES

Communiqué de presse

Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation

CONCLUSIONS DU RAPPORT SUR L’ORGANISATION MODIALE DU COMMERCE 17 décembre 2008

Le cycle de Doha n’empêchera pas une autre crise alimentaire

GENÈVE–

Alimentation contre agriculture

Dans ce premier rapport, préparé par un expert indépendant de l’ONU, sur ce sujet fortement controversé, le rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation de l’ONU, prof. Olivier De Schutter, examine si la libération des échanges dans le domaine de l’agriculture est conforme à la norme reconnue par le droit international, auquel sont tenu les membre de l’OMC, du droit à une alimentation suffisante.

Le rapport est le résultat d’une mission auprès de l’OMC et de consultations avec une large gamme d’acteurs, y compris un certain nombre d’ambassadeurs auprès de l’OMC. C’est la première fois que l’OMC accepte que le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation conduise une telle mission.

Un rapport sur Doha pour son report !

Prof. De Schutter, expert internationalement reconnu en matière de droits de l’homme, présentera ses recommandations concernant la façon de réaliser un système de commerce international de l’agriculture compatible avec les droits humain. Le mandat qui lui été donné par le Conseil de droits de l’homme, le corps intergouvernemental de 47 membres des Nations Unies, est celui de favoriser le droit à l’alimentation. Dans cette perspective, le rapport apporte de nouvelles lumières sur les questions commerciales, et il devrait servir de guide pour les négociations commerciales actuelles et futures.

Le rapporteur spécial ira au delà des technicités du cycle de Doha. Il partagera sa vision quant au nouveau rôle que le commerce agricole devrait jouer à l’avenir, tirant des leçons de la crise alimentaire et de la menace naissante du changement climatique. Deux problèmes, qui avance-t-il, sont énormément sous-estimées dans les négociations actuelle de l’OMC.

Des conclusions pour ne plus conclure

Sa mission à l’OMC l’a également amené examiner les questions controversées telles que les mécanismes de sauvegarde et les « spécificités » des produits agricoles, qui sont au coeur des négociations. Les conclusions de prof. De Schutter devraient encourager les états à ne conclure aucun accord au sein de l’OMC qui serait incompatible avec leurs engagements en vertu du droit international des droits de l’homme.

Le rapport est basé d’une part sur une mission officielle effectuée à l’OMC et d’autre part, sur des consultations avec plusieurs gouvernements nationaux depuis juin 2008. Le rapport officiel sera présenté à la session du mars 2009 du Conseil de droits de l’homme à Genève.

Professeur De Schutter a été nommé par le Conseil de droits de l’homme des Nations Unies en tant que rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation en mars 2008, et il a inauguré son mandat le 1er mai 2008. Son mandat de trois ans est de surveiller et rendre compte du droit alimentaire auprès de l’Assemblée générale de l’ONU et au Conseil de droits de l’homme. Spécialiste des droits de l’homme, Olivier De Schutter enseigne à l’université de Louvain (Belgique) et de l’université de l’Europe (campus de Natolin, Pologne). Il est professeur invité à l’Université de Columbia et membre de la faculté globale d’école de droit de l’université de New York. Il était également précédemment sécrétaire général de la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

Contact de presse : Federica Donati/Beatrice Quadranti tél. + 41.22.9179496/9179615 Olivier De Schutter Tel. +32.488.482004

Pour de plus amples informations sur le travail et le mandat du rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, visitez la page Web : http://www2.ohchr.org/english/issues/food/index.htm

ps: les titres ont été rajouté.

L’instinct d’institution

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Prise d’empreintes

En psychologie et en éthologie, l’empreinte désigne la marque laissée par la première personne ou chose vue et à laquelle un comportement instinctif sera par la suite toujours attaché. C’est ainsi que si vous êtes la première personne aperçue par un oison à la sortie de son oeuf il vous suivra en vous considérant comme sa mère. Dans notre société, où les institutions remplacent les humains et les prennent en charge dès les premiers instants, quelles sont les empreintes laissées par celles-ci ? Quels sentiments et comportements seront développés par ceux qui en seront marqués ?

Naitre au monde ou intégrer la clinique

Dès la naissance, la marque de l’institution se fait plus forte que la marque des individus. En Belgique, l’écrasante majorité des enfants ne naissent pas à la maison, mais à la clinique. Cette pratique n’est pas due aux risques éventuels de l’accouchement, mais relève d’un choix social non rationnel. Hormis quelques cas souvent connus préalablement et statistiquement limités, la naissance est un processus naturel et physiologique qui appartient en tout premier lieu à l’enfant en train de naitre et à ses parents. Par conséquent, le passage quasi obligatoire par l’institution médicale produit une désapropriation de ce moment. L’accouchement devient un acte technique et quasi pathologique. Les parents et enfants ne sont plus que des sujets de l’intervention médicale, des patients du médecin et des clients de la clinique.

Accueil et abandon

De retour à la maison, il est déjà trop tard. La recherche d’un lieu d’accueil pour le nouveau né se fait avant la naissance. Peu nombreux sont les parents qui peuvent encore rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants. Ici encore, la mission de soins et de protection est confiée à des spécialistes dans des lieux spécialisés. Dans les matins pluvieux et sombres, les parents n’abandonnent pas seulement leurs enfants. C’est leurs places et leurs rôles qu’ils doivent céder à la crèche. Ce que les parents faisaient par amour et gratuitement des professionnels vont le faire par profession et contre salaire.

Collé à l’école

L’habitude est déjà largement prise. L’institution grandit et évolue avec l’enfant. Elle change de forme, mais reste toujours pareille à elle-même. Les règles de fonctionnement de cette société sont déjà largement intégrées. Tout savoir n’a de valeur que s’il s’apprend à l’école, les valeurs n’ont de raisons que si elles ont un sens pour l’école. La vie émotionnelle, intellectuelle et morale du jeune s’articule autour des besoins et priorités de l’institution scolaire. Ce n’est qu’en tant qu’élève que l’enfant devient individu. La route est ensuite toute tracée pour intégrer le monde professionnel.

Enfants d’institution

L’institution c’est un monde dans le monde ou plus exactement un monde hors monde. Elle fonctionne selon ses propres règles et poursuit ses propres finalités. Comme tout organisme (organisation) son but principal est d’assurer sa survie, peu importe son projet socialement autoproclamé. Pour se faire, il est important qu’elle s’aliène les individus, qu’elle devienne pour eux indispensable (qu’elle les dispense de penser). Il s’agit à chaque fois du même mécanisme qui consiste à rendre les personnes incapables et dépendantes. Les parents et les enfants sont rendus inaptes à mettre au monde leurs enfants, les soigner, les nourrir, les protéger, les éduquer et les former. La clinique, la crèche et l’école sont là pour assurer le relais face à cette défaillance socialement crée.

C’est ainsi que les parents sont chaque jour socialement discrédité dans leurs fonctions essentielles. D’une part, ceci les rend incapables de développer les compétences pour être un modèle libre, autonome et responsable pour leurs enfants. D’autre part, même s’ils ont ces compétences les institutions ne leurs laissent que peu ou pas de place pour être se modèle.

Les enfants quant à eux nourrissent une dépendance croissante pour les institutions auxquels ils doivent tout. C’est à elles que vont aller l’amour filial et la loyauté qui y est attachée. Par ailleurs, leurs rapports aux autres (et à leurs parents en tant que premier interlocuteur) n’auront de valeur que tant qu’ils seront organisés, gérés et cautionnés par les institutions seules garantes de la vie sociale.

Instituer la désinstitution

Les institutions ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi, elles sont nécessaires à la vie sociale. Il faut cependant bien garder à l’esprit que la frontière entre organisation et asservissement est mince qu’il faut donc être vigilant pour la garantir. Pour ce faire, il est crucial de réorganiser nos institutions afin de mettre celles-ci au service du développement de la liberté, de l’autonomie et de la liberté de chacun et de tous.

L’économie participaliste: une économie pour demain?

Richesse

Richesse

Le futur des possibles

Profitons de ce moment de crise pour oser repenser l’économie. Actuellement, deux options sont ouvertes. Soit, le système (capitaliste), moyennant quelques réformes, traverse la crise et assure sa pérennité (comme il l’a toujours fait). Soit, il chute et se fait remplacer par un nouveau système. Dans la première hypothèse, la structure étant inchangée,  notre mode d’organisation économique et social restera donc “un système violemment injuste mais également profondément inefficace” (T. Discepolo). Dans la seconde hypothèse, la nature et le type des nouvelles règles mises en place risquent d’être pire que précédemment car les gens auront faim, soif et peur. Pour remplacer l’un ou conjurer l’autre il est crucial d’avoir une vision de ce qu’il serait souhaitable de mettre en place et en pratique comme nouveau modèle économique.

Tel est la démarche, de Michael Albert dans son ouvrage “Après le capitalisme – Éléments d’économie participaliste”. Son modèle, mérite d’être connu, mis sur le banc d’essais, critiqué, amélioré.

Principes de l’économie participaliste

“Elle a pour principes une rémunération du travail en fonction des efforts et des sacrifices qui sont réellement investis, une démocratie de conseil, une division du travail fondé sur la redéfinition de l’emploi comme un ensemble équilibré de tâches professionnelles et un système de répartition basé sur la planification participaliste. Au delà de la production et de la distribution nécessaires à la satisfaction des besoins et au développement de l’humanité, les valeurs promues sont la solidarité, l’équité, l’autogestion et le respect des différences” (p. 30).

L’économie participaliste n’est pas dogmatique, elle se veut souple et a pour vocation d’être modifiée, améliorée au gré des expériences. De plus, elle est concrète, pragmatique et évolutive. Nombreux de ses principes sont directement applicables moyennant une certaine volonté de faire autrement.

Une rémunération équitable

“Une rémunération équitable, sur le plan moral et jouant son rôle incitatif, suppose qu’elle soit plus élevée en faveur de ceux qui font le plus d’effort et de sacrifices en exécutant un ensemble de tâche nécessaire à une société affectant correctement ses capacités et ses ressources” (p. 54).

L’enjeux est de passer d’un mode rémunaratoire basé sur le profit et les rapports de force à un mode basé sur l’utilité social et l’évaluation collaborative. Pour y parvenir il faut, dans un premier temps redistribuer les revenus. La taxe (sur le profit, la fortune, l’héritage,les produits de luxe, les revenus) est l’instrument adéquat pour organiser cette redistribution. Les revenus qu’elle génèrerait seraient prioritairement consacrés aux politiques de plein-emploi, d’augmentation du salaire minimum, de redistributions collectives (santé, éducation…), d’impôts négatif et d’augmentation salariale.

L’autogestion

“Nous appelons autogestion la participation de chacun à la prise de décision à proportion des conséquences qu’elle implique pour lui” (p.75).

Afin de ne pas échouer, il est important de pouvoir distinguer si la décision engages quelques-un ou tout le monde et de ne pas se laisser aveugler par les techniques décisionnelles. Le partage des connaissances est essentiel pour la prise de décision. La fiabilité, la diversité et l’impartialité des sources d’information doivent être garanties.

Pour réaliser l’autogestion, il peut être utile de créer des conseils de travailleurs et de consommateurs,démocratiser l’accès à l’information, démocratiser le processus décisionnel sur le lieu de travail, d’augmenter les pouvoirs des consommateurs sur les questions de production, démocratiser les budgets sociaux.

La dignité du travail

Nous définissons chaque emploi non pas comme un ensemble de tâches impliquant plus ou moins le même niveau de responsabilité, mais comme une combinaison de fonction incluant des niveaux de responsabilités différents dont la somme correspond au niveau moyen dans la société” (p. 96).

L’enjeux de cette dignité au travail c’est d’améliorer l’égalité, la participation et la responsabilisation de tous. La première étape consisterait à augmenter le niveau de dignité des emplois les plus dégradants. Il faudrait, ensuite, introduire des tâches moins qualifiées au plus haut niveau afin de créer un nouveau juste milieu.

La répartition participaliste

“La point important est que le problème de l’équilibre générale entre la production et la consommation qui doit tenir compte des coûts et des bénéfices sociaux peut être résolu de façon coopérative plutôt que par des méthodes nuisibles tant du point de vue des individus que de la richesse produite et au détriment des principes que nous souhaitons nous donner” (p. 125).

La planification participaliste repose sur deux piliers principaux: des conseils participatifs démocratiques et une diffusion à grande échèlle de toutes les informations nécessaires pour prendre des décisions dans le domaine économique” (p. 146).

Cette méthode se veut hors de la dualité marché-planication centralisée. Elle premettrait d’assuer une meilleure tarification (prise en compte des couts sociaux), un partage et une solidarité accrue, une prise en compte des besoins humain, une démocratisation des budgets, plus de loisirs et moins de travail.

La société de demain

“L’économie participaliste produit, consomme et répartit de façon à répondre aux besoins et contribuer au développement des capacités de tous. Pour autant, une bonne économie n’est pas suffisante pour garantir une société juste” (p. 153).

Revolt in the poultry

Revolt in the poultry

C’est ainsi qu’audela de l’économie cet ouvrage nous invite à repenser également la question de l’égalité des sexes et des races, l’éducation, l’écologie, l’Etat, les relations internationales. De plus, il se conclut par un programme appelé à s’appliquer au sein de nos propres mouvements.

Le programme de l’économie participaliste est conçu pour obtenir à court terme une amélioration de la vie du plus grand nombre tout en établissant les bases nécéssaires à d’autres avancées et parvenir à long terme à une économie participaliste” (p. 173).