Remarques préliminaires
La présente réflexion ne vise aucunement à discréditer le mouvement des sans-papiers dans leurs luttes pour la reconnaissance d’une dignité et d’une égalité qui leur sont actuellement refusées. La situation actuelle qui en fait des sous-humains est inacceptable. Le premier des droits, c’est celui d’en avoir. L’homme qui n’a pas de droit n’a pas de place dans la société, c’est un objet. L’homme-objet c’est un esclave et ceci doit être combattu.
La voie du maître
Il est important de voir comment le pouvoir guide et oriente les revendications afin d’obtenir un résultat qui lui sera utile et rencontrera ses propres intérêts. Les seules solutions envisagées pour la problématique des sans-papiers sont la régularisation et l’expulsion. À aucun moment le débat officiel ne peut sortir de ces perspectives. Dès lors, deux questions surgissent: en quoi la régularisation et l’expulsion servent-elles les intérêts du pouvoir ? D’autres solutions sont-elles envisageables ?
La carotte et le bâton
Sans doute est-il plus aisé de commencer par le plus dur, les expulsions. Le rôle sociologique de celles-ci est évident. Il s’agit de faire peur et par là même de susciter deux types de comportements: la fuite ou la tétanisation. De cette manière, une sélection sociale s’effectue. Les plus faibles rentrent chez eux (de gré ou de force) et les plus adaptés sont ceux qui arrivent à se faire oublier qui restent dans l’ombre. Au final, il ne reste qu’une population qui travaille (car sans protection sociale), durement (car non légalement reconnue) et en silence (car elle a tout à perdre).
Face à ce volet répressif la seule solution avancée c’est la régularisation. Récompense ultime accordée à ceux qui ont correctement intégré les normes et comportements souhaités. D’une part, les principaux critères de régularisation qui seront finalement retenus seront économiques. Les intéressés devront répondre positivement à la question: êtes-vous capables d’accepter de travailler sous n’importe qu’elles conditions ? Ce qui permet de tirer vers le bas tous les acquis de droit du travail. D’autre part, le résultat de la régularisation c’est, sous couvert de protection, la mise sous la tutelle des nouveaux arrivants par l’État. Voilà la réelle signification de la régularisation.
L’obtention de droits et la garantie de voir ceux-ci protéger ne sont pas en soi liées à la délivrance de papier. Le lien entre les deux n’est pas naturel, mais politique. L’objectif principal de tout document d’identité n’est pas la protection, mais bien le contrôle. Les droits ne sont subordonnés aux contrôles qu’en raison d’une logique propre au pouvoir, celle de l’apartheid social selon lequel un être humain n’égale pas un autre être humain.
Le juste et l’acceptable
D’autres pistes peuvent et doivent être discutées. Il est important que le débat dépasse les limites imposées par l’autorité et devienne chose publique. Ce n’est qu’à cette condition qu’il pourra refléter l’intérêt de tous. Deux domaines méritent donc d’être examinés: les causes des migrations et les conséquences de celle-ci.
En ce qui concerne les causes de la migration, une parait plus importante que les autres. C’est la question de la répartition des richesses. Contrairement à ce qui est officiellement proposé, la solution ne relève pas de l’aide au développement (ce qui permet à l’État de se mettre dans la position du dispensateur d’aide, donc du gentil). Mais bien dans les programmes de politiques économiques et commerciales. Revisiter notre mode de développement économique en ayant pour finalité une meilleure répartition des richesses mondiale est une piste à explorer et discuter.
Une des plus graves conséquences de la migration dans notre société ne pèse pas sur notre système de sécurité sociale, mais bien sur la vision générale que nous avons de nous en tant que collectivité politique. En effet, notre système tolère que nous partagions notre quotidien avec des individus qui ne font pas parties de la société. Ce qui est en jeux c’est la légitimation de cet apartheid. Aujourd’hui c’est le sans-papier qui est concerné, qui sait qui sera visé demain (le chômeur, le terroriste, le militant) ? Ouvrir le débat en terme d’universalisation des droits Humain et fondamentaux, de liberté de circulation et d’installation, d’ouverture des frontières, de limitation du pouvoir de contrôle et de surveillance de l’État serait souhaitable. Toutes avancées dans ce sens doivent être poursuivies et chaque victoires fêtées tant qu’elles ne deviennent pas une fin en soi.

3 réponses jusqu'à présent ↓
J-B. B // 23 juillet , 2008 à 5:28 |
Votre article est intéressant et met en évidence le non-sens des politiques migratoires menées depuis quelques dizaines d’années. La stigmatisation générale des personnes “en marge” de la société est un classique de notre époque. Pour contrer cette tendance, il faut, comme le fait votre article, exhiber le système qui est à la source de ces phénomènes (flux migratoires, chômage, …).
Gosselain Léon // 25 juillet , 2008 à 10:51 |
Trés bonne analyse.
L’urgence,maintenant à mes yeux est de renforcer les liens entre les citoyens en lutte pour une autre société et le combat des sans-papiers.
Jean-Charles Stevens // 27 juillet , 2008 à 8:26 |
Effectivement, il est essentiel de faire des ponts entre toutes les couches exploitées (oserait-on dire les classes ?) afin d’éviter que les avancées obtenues par les uns ne se fassent au détriment des autres.