
Diana Ong - Nation
La crise institutionnelle est une belle opportunité pour réfléchir sur l’État en général et la Belgique en particulier. Quels en sont les origines et les fondements de cet État? Comment s’organise la répartition du pouvoir? Quels sont les mythes qui l’entoure? Cette méthode d’organisation social doit-elle être défendue ou combattue?
De la notion d’État à l’État-nation
Il est généralement (mais pas unanimement) reconnu que l’État est un mode d’organisation politique caractérisé par la souveraineté, c’est à dire le droit d’exercer le monopole du pouvoir (donc de la contrainte) sur une population et à l’intérieur d’un territoire. A fil du temps cette notion de souveraineté a évolué.
Dans un premier moment, l’État se confondait avec la possession personnelle du monarque. La souveraineté sur la population et son territoire se voulait totale et servait à assouvir les intérêts du chef. Personnage qui, par la grâce divine savait ce qui était bon et juste pour la population.
Ensuite, en réaction aux abus des monarques, la souveraineté a fait l’objet de luttes qui se sont soldées par les révolutions moderne de la fin du XVIII° siècle. Ces révolutions vont aboutit à une nouvelle forme d’État, l’État de droit. L’idée est que sa puissance est trop importante et que pour éviter les abus et excès, il faut le soumettre, le limiter.
Pour finir, sous la poussée des mouvements démocratiques issus des révolutions, apparait la théorie de l’État-nation. La nation est une notion qui va permettre à la population de s’identifier à la nouvelle forme de l’État. Il devient la propriété du peuple, l’instrument qui va permettre de libérer la population du besoin.
Le Roi est nu
La souveraineté étatique est donc passée par trois stades, absolue, limitée et partagée. Il est donc essentiel de comprendre comment et pourquoi ceci c’est fait comme cela et quelles en sont les implications.
Le stade le plus crucial est le deuxième. A cette époque, les habitants des villes (les bourgeois), ont vu leurs richesses et leurs pouvoirs augmenter de manière telle qu’ils ont pu se confronter aux monarques. Le résultat de cette lutte entre une vieille classe aristocratique déclinante et une nouvelle classe bourgeoise montant est visible encore aujourd’hui. Ce qui a été brisé et pillé a ce moment là, c’est le monopole du pouvoir de l’État, dorénavant celui-ci sera partagé avec les nouveaux venus.
Derrière ces révolutionnaires bourgeois sont ensuite arrivé les démocrates qui ont envahis les palais (vidé de leurs substances) et décapités les Roi (qui n’avait déjà plus que leurs titres). La souveraineté héritée par l’État-nation n’est plus que le fantôme de celle détenue par les monarques d’antan. L’État de droit bourgeois a organisé l’impuissance de l’État-nation du peuple.
L’oignon fait la force… mais quant on le pèle il fait pleurer
En Belgique tout les ingrédients sont présents pour une analyse de cas.
Un Roi qui est toujours en place. Ce symbole de la souverainté absolue à la tête de l’État permet d’entretenir le mythe de la toute puissance étatique. Une nation qui se cherche et se déchire. Ici, c’est l’idée du peuple souverain et maitre de sa destinée qui est mis en scène. Le débat ne concerne que la forme de l’État (fédéral, confédéral, autonome…) mais son fond troué reste masqué.
L’État est mort, vive l’État
Sous sa forme actuelle l’État est dangereux car il est doublement déficient. D’une part d’un point de vue opérationnelle il est inefficace et ceci profite en creux aux autres institutions de pouvoir. D’autre part, démocratiquement il est inachevé. La nation n’est toujours pas le peuple.
Malheureusement cette double impuissance n’est pas reconnue. Ce qui empêche dès lors d’avoir de vrai débats sur la place de l’État dans les enjeux qui concerne la population et sur le type d’État.
La lutte qui doit être menée est celle pour la démocratie (le pouvoir du peuple). Dans ce combat l’État peut devenir une forteresse ou une prison. Tout l’art consiste à garder les yeux ouvert vers l’horizon afin de savoir si cette forme d’organisation sociale le bouche ou l’ouvre.

Prison d'Alcatraz
