Échos de l’Agora

Entrée de août 2008

État de la nation

24 août , 2008 · Laisser un commentaire

Diana Ong - Nation

Diana Ong - Nation

La crise institutionnelle est une belle opportunité pour réfléchir sur l’État en général et la Belgique en particulier. Quels en sont les origines et les fondements de cet État? Comment s’organise la répartition du pouvoir? Quels sont les mythes qui l’entoure? Cette méthode d’organisation social doit-elle être défendue ou combattue?

De la notion d’État à l’État-nation

Il est généralement (mais pas unanimement) reconnu que l’État est un mode d’organisation politique caractérisé par la souveraineté, c’est à dire le droit d’exercer le monopole du pouvoir (donc de la contrainte) sur une population et à l’intérieur d’un territoire. A fil du temps cette notion de souveraineté a évolué.

Dans un premier moment, l’État se confondait avec la possession personnelle du monarque. La souveraineté sur la population et son territoire se voulait totale et servait à assouvir les intérêts du chef. Personnage qui, par la grâce divine savait ce qui était bon et juste pour la population.

Ensuite, en réaction aux abus des monarques, la souveraineté a fait l’objet de luttes qui se sont soldées par les révolutions moderne de la fin du XVIII° siècle. Ces révolutions vont aboutit à une nouvelle forme d’État, l’État de droit. L’idée est que sa puissance est trop importante et que pour éviter les abus et excès, il faut le soumettre, le limiter.

Pour finir, sous la poussée des mouvements démocratiques issus des révolutions, apparait la théorie de l’État-nation. La nation est une notion qui va permettre à la population de s’identifier à la nouvelle forme de l’État. Il devient la propriété du peuple, l’instrument qui va permettre de libérer la population du besoin.

Le Roi est nu

La souveraineté étatique est donc passée par trois stades, absolue, limitée et partagée. Il est donc essentiel de comprendre comment et pourquoi ceci c’est fait comme cela et quelles en sont les implications.

Le stade le plus crucial est le deuxième. A cette époque, les habitants des villes (les bourgeois), ont vu leurs richesses et leurs pouvoirs augmenter de manière telle qu’ils ont pu se confronter aux monarques. Le résultat de cette lutte entre une vieille classe aristocratique déclinante et une nouvelle classe bourgeoise montant est visible encore aujourd’hui. Ce qui a été brisé et pillé a ce moment là, c’est le monopole du pouvoir de l’État, dorénavant celui-ci sera partagé avec les nouveaux venus.

Derrière ces révolutionnaires bourgeois sont ensuite arrivé les démocrates qui ont envahis les palais (vidé de leurs substances) et décapités les Roi (qui n’avait déjà plus que leurs titres). La souveraineté héritée par l’État-nation n’est plus que le fantôme de celle détenue par les monarques d’antan. L’État de droit bourgeois a organisé l’impuissance de l’État-nation du peuple.

L’oignon fait la force… mais quant on le pèle il fait pleurer

En Belgique tout les ingrédients sont présents pour une analyse de cas.

Un Roi qui est toujours en place. Ce symbole de la souverainté absolue à la tête de l’État permet d’entretenir le mythe de la toute puissance étatique. Une nation qui se cherche et se déchire. Ici, c’est l’idée du peuple souverain et maitre de sa destinée qui est mis en scène. Le débat ne concerne que la forme de l’État (fédéral, confédéral, autonome…) mais son fond troué reste masqué.

L’État est mort, vive l’État

Sous sa forme actuelle l’État est dangereux car il est doublement déficient. D’une part d’un point de vue opérationnelle il est inefficace et ceci profite en creux aux autres institutions de pouvoir. D’autre part, démocratiquement il est inachevé. La nation n’est toujours pas le peuple.

Malheureusement cette double impuissance n’est pas reconnue. Ce qui empêche dès lors d’avoir de vrai débats sur la place de l’État dans les enjeux qui concerne la population et sur le type d’État.

La lutte qui doit être menée est celle pour la démocratie (le pouvoir du peuple). Dans ce combat l’État peut devenir une forteresse ou une prison. Tout l’art consiste à garder les yeux ouvert vers l’horizon afin de savoir si cette forme d’organisation sociale le bouche ou l’ouvre.

Prison d'Alcatraz

Prison d'Alcatraz

Catégories : Politique
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Militance parentale

16 août , 2008 · Laisser un commentaire

Naissance du parent

Gustave Courbet L'origine du monde

Gustave Courbet: L'origine du monde

L’arrivée d’un enfant est une occasion unique offerte pour chaque (futur) parent de se positionner face à ce qu’il est et surtout face à ce qui l’a fait être ce qu’il est. La venue et le devenir d’un nouvel humain méritent une attention et une réflexion profonde sur les comportements à adopter à son égard. Il convient de ne pas appliquer de manière aveugle les habitudes éducatives héritées des générations précédentes.

Éducation parentale

La première personne que le parent est appelé à éduquer c’est lui-même. Il lui faut reconnaitre que le métier de parent n’est pas inné mais acquis (par l’exemple le plus souvent). Ceci signifie que la plus part des croyances et comportements adoptés par le parent peuvent être mis en question. Cette analyse doit porter sur les valeurs et pratiques éducatives véhiculées tant par la culture familiale que par la société et qui sont endossées par le parent. L’objectif de ce travail (de type socio-analytique et psycho-analytique) est d’une part de mettre à jour la différence entre les buts (avoués et inconscients) poursuivis et les résultats obtenus et d’autre part, au regard de cette différence, d’examiner et de juger les moyens mis en œuvre.

Prophétie auto-reproductrice

En ce qui concerne les finalités poursuivies, il est primordiale de noter que celles-ci sont porteuses d’une certaine conception de la nature humaine qu’il s’agirait de maitriser et de posséder par l’éducation. Sur cette base est mis en place toute une série de techniques et pratiques éducatives qui ont pour conséquence et résultat d’aboutir à la création d’un individu conforme à la nature qui lui a préalablement été assignée. Hors cette prétendue “nature humaine” n’est souvent qu’un cache-sexe de croyances, prétendument scientifique, imperméable à toutes remises en question. C’est ainsi que la première étape de la démarche éducative consiste à figer le nouveau venu dans un moule qui ne faut ensuite plus que remplir.

L’Être ne nait pas, il devient

Le résultat de l’éducation c’est le monde tel qu’il est comme création humaine. Les rapports humains y sont organisés de manière hiérarchique et autoritaire. Les protagonistes doivent tenir l’un des rôles assignés, celui du faible ou du fort. Le développement de l’enfant y devient un parcours d’épreuve dont l’issue nécessite de sa part qu’il adopte le comportement souhaité. L’enjeux c’est d’arriver le plus tôt possible à le couper de son propre lien avec la vie.

Parents légitimes

L’enfant est une personne, dès sa naissance et doit être traité comme tel. En pratique ceci signifie que, conforment à l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’Homme, les enfants sont libres et égaux, non seulement entre eux mais également vis-à-vis des adultes. Tous comportements vis-à-vis d’eux (ou des adultes) n’est donc légitime que s’il remplit cet objectif. Les seules limites tolérées sont celles qui concernent la protection. La question de l’opportunité de diverses pratiques peut donc être posée.

Cas pratiques

Laisser pleurer un enfant est-ce le rendre libre ou bien est-ce lui apprendre que la liberté des adultes leur permet de ne pas porter assistance à quelqu’un en détresse. Mettre un bébé de trois mois en crèche, n’est-ce pas lui apprendre que les institutions sont plus compétantes que ses parents pour s’occuper de lui. Mettre un enfant devant la télévision n’est-ce pas lui enseigner que le monde n’est qu’un espace fictif dans lequel tout ce qui compte c’est l’apparence. Mettre un enfant à l’école n’est-ce pas considérer qu’il ne sait rien et que les seules connaissances valables sont celles autorisées par l’état. Être agressif envers un enfant n’est-ce pas lui montrer que l’on croît que cette méthode est efficace.

Les premiers pas

Devenir parent est un acte militant. L’éducation n’est pas toute puissante, mais le monde actuel montre quels ravages elle peut faire sur le principe d’autonomie des individus. Voir l’enfant comme dépendant c’est le considérer comme incapable. Hors, l’enfant, comme l’adulte, a une vie qui n’est possible et qui n’a de sens qu’au sein de la communauté humaine. Faire l’éducation d’enfants c’est accepter de s’éduquer avec eux et par eux. Se comporter face à un enfant c’est créer le monde de demain.

Quelques ouvrages pour aller plus loin:

Françoise Dolto, “lorsque l’enfant parait (3tomes)”

Ivan Illich, “une société sans école”

Alexander Sutherland Neill, “La liberté pas l’anarchie”

Alice Miller, “L”enfant sous terreur”

Catégories : Éducation