Retour en arrière pour un grand bon en avant
Il est de plus en plus urgent de penser “révolution”. Les crises, qui se multiplies, tant en genre qu’en nombre, invitent à une réflexion profonde. La société vue comme création humaine est d’une navrante déception. Les moyens qu’elles développent ne font que suivre le courant dominant. Il est impératif de révolutionner nos modes d’être au monde, de revenir dessus afin de les faire rouler dans une nouvelle direction.
Le travail, de par l’incidence qu’il implique en terme de transformation du monde, mérite la plus grande attention. Cette méthode particulière d’organisation de l’activité des individus n’a théoriquement pas de frontières. C’est par elle que sont vécus la plupart des rapports sociaux. C’est elle qui monopolise les catégories d’identification sociale. C’est elle aussi qui organise le rapport aux temps et aux choses. Et c”est, enfin, principalement à travers elle que s’élabore le contenu et la forme du vivre ensemble.
La fabrique du sens
Mis à part les sphères familiales et militantes, c’est dans et par le travail que la question du “sens de l’être au monde” trouve une réponse. Ce phénomène est aisément explicable d’une part, par la puissance créatrice que le travail renferme, et d’autre part par la résistance psychique à la dissonance cognitive.
La travail est l’activité qui consomme le plus l’énergie créatrice des individus. Soit cette consommation se fait par annihilation, ce qui est le cas des travaux répétitifs et abrutissants. Soit par absorption, ce qui se produit sur tous lieux de travail où seule l’activité proprement créatrice est garante du bon fonctionnement (comme en atteste les grèves du zèle).
Cependant cette activité créatrice est principalement hétéronome, dictée de l’extérieur. Elle s’avère donc, en soi, incapable de produire du sens qui fasse sens pour le travailleur. Ce n’est donc qu’au travers d’un mécanisme qui consiste à, soit minimiser l’importance du travail, soit (plus fréquemment) à adopter les valeurs véhiculées par les promoteurs de la force productive que le travail fait sens pour les individus.
L’incapacité du travail
Le travail, dans son fonctionnement et son mode d’organisation actuel, se révèle donc incapable de susciter une réflexion autonome sur l’être au monde et sur le vivre ensemble. Ceci s’explique par la place qui est généralement accordée à l’humain sur le lieu de travail. Dans le majeur partie des cas le lieu de travail n’est pas, contrairement à ce qui en est généralement présenté, un moyen d’émancipation.
Car tous moyens est une fin en soi. Et si, la fin du travail est l’émancipation, sa pratique se doit d’être émancipatrice. Hors le travail ne permet pas à se soustraire à la propriété d’autruis, il vise majoritairement à s’y soumettre (le salariat). L’action et la réflexion libre n’y ont pas leurs places, hormis dans les quelques espaces acquis de haute luttes et aujourd’hui sclérosés par manque d’ambitions (les syndicats).
Révolutionnaires, au travail!
Des pratiques de travail libre ont déjà été misent en oeuvre par le passé (Russie 1917, Hongrie 1956, Espagne 1936,…). Leurs disparitions se sont faites par l’écrasement dans le sang et non par leurs incapacités en terme d’effectivités. Leurs mises en place ne relèvent donc pas de l’utopie mais du courage. Le lieu de travail recèle un potentiel révolutionnaire insoupçonné. C’est là, en effet, que peuvent être mis en place des outils créateurs et pédagogue de liberté que sont les conseils de travailleurs. C’est sur le lieu de travail que peut s’expérimenter la surpression de l’inutile hiérarchie. C’est là, par la délibération avec des groupes de consommateurs ou d’usager, que peut s’élaborer une transformation pratique et démocratique du monde. C’est là, que les gens ont un savoir et une connaissance qu’il est essentiel de partager pour faire avancer la délibération.
Demain c’est jour de paye
Le travail peut être une pratique révolutionnaire mais pour se faire il faut qu’il endosse un nouvel habit. Sa forme doit être revue de fond en comble et doit incarner la révolution ici et maintenant. Ce n’est qu’à travers une application des principes révolutionnaires (liberté, égalité, démocratie,…) que le monde de demain sera révolutionné.
Quelques oeuvres pour aller plus loin:
- Michael Albert, Après le capitalisme – éléments d’économie participalistes, Agone, 2003 (livre)
- George Orwell, Hommage à la Catalogne, 10-18, 2000 (livre)
- Avi Lewis et Naomi Klein, The Take, 2005 (film)
- Daniel Mermet, Lip lip lip hourra!, 2004 (émission radio)

