Le futur des possibles
Profitons de ce moment de crise pour oser repenser l’économie. Actuellement, deux options sont ouvertes. Soit, le système (capitaliste), moyennant quelques réformes, traverse la crise et assure sa pérennité (comme il l’a toujours fait). Soit, il chute et se fait remplacer par un nouveau système. Dans la première hypothèse, la structure étant inchangée, notre mode d’organisation économique et social restera donc “un système violemment injuste mais également profondément inefficace” (T. Discepolo). Dans la seconde hypothèse, la nature et le type des nouvelles règles mises en place risquent d’être pire que précédemment car les gens auront faim, soif et peur. Pour remplacer l’un ou conjurer l’autre il est crucial d’avoir une vision de ce qu’il serait souhaitable de mettre en place et en pratique comme nouveau modèle économique.
Tel est la démarche, de Michael Albert dans son ouvrage “Après le capitalisme – Éléments d’économie participaliste”. Son modèle, mérite d’être connu, mis sur le banc d’essais, critiqué, amélioré.
Principes de l’économie participaliste
“Elle a pour principes une rémunération du travail en fonction des efforts et des sacrifices qui sont réellement investis, une démocratie de conseil, une division du travail fondé sur la redéfinition de l’emploi comme un ensemble équilibré de tâches professionnelles et un système de répartition basé sur la planification participaliste. Au delà de la production et de la distribution nécessaires à la satisfaction des besoins et au développement de l’humanité, les valeurs promues sont la solidarité, l’équité, l’autogestion et le respect des différences” (p. 30).
L’économie participaliste n’est pas dogmatique, elle se veut souple et a pour vocation d’être modifiée, améliorée au gré des expériences. De plus, elle est concrète, pragmatique et évolutive. Nombreux de ses principes sont directement applicables moyennant une certaine volonté de faire autrement.
Une rémunération équitable
“Une rémunération équitable, sur le plan moral et jouant son rôle incitatif, suppose qu’elle soit plus élevée en faveur de ceux qui font le plus d’effort et de sacrifices en exécutant un ensemble de tâche nécessaire à une société affectant correctement ses capacités et ses ressources” (p. 54).
L’enjeux est de passer d’un mode rémunaratoire basé sur le profit et les rapports de force à un mode basé sur l’utilité social et l’évaluation collaborative. Pour y parvenir il faut, dans un premier temps redistribuer les revenus. La taxe (sur le profit, la fortune, l’héritage,les produits de luxe, les revenus) est l’instrument adéquat pour organiser cette redistribution. Les revenus qu’elle génèrerait seraient prioritairement consacrés aux politiques de plein-emploi, d’augmentation du salaire minimum, de redistributions collectives (santé, éducation…), d’impôts négatif et d’augmentation salariale.
L’autogestion
“Nous appelons autogestion la participation de chacun à la prise de décision à proportion des conséquences qu’elle implique pour lui” (p.75).
Afin de ne pas échouer, il est important de pouvoir distinguer si la décision engages quelques-un ou tout le monde et de ne pas se laisser aveugler par les techniques décisionnelles. Le partage des connaissances est essentiel pour la prise de décision. La fiabilité, la diversité et l’impartialité des sources d’information doivent être garanties.
Pour réaliser l’autogestion, il peut être utile de créer des conseils de travailleurs et de consommateurs,démocratiser l’accès à l’information, démocratiser le processus décisionnel sur le lieu de travail, d’augmenter les pouvoirs des consommateurs sur les questions de production, démocratiser les budgets sociaux.
La dignité du travail
Nous définissons chaque emploi non pas comme un ensemble de tâches impliquant plus ou moins le même niveau de responsabilité, mais comme une combinaison de fonction incluant des niveaux de responsabilités différents dont la somme correspond au niveau moyen dans la société” (p. 96).
L’enjeux de cette dignité au travail c’est d’améliorer l’égalité, la participation et la responsabilisation de tous. La première étape consisterait à augmenter le niveau de dignité des emplois les plus dégradants. Il faudrait, ensuite, introduire des tâches moins qualifiées au plus haut niveau afin de créer un nouveau juste milieu.
La répartition participaliste
“La point important est que le problème de l’équilibre générale entre la production et la consommation qui doit tenir compte des coûts et des bénéfices sociaux peut être résolu de façon coopérative plutôt que par des méthodes nuisibles tant du point de vue des individus que de la richesse produite et au détriment des principes que nous souhaitons nous donner” (p. 125).
La planification participaliste repose sur deux piliers principaux: des conseils participatifs démocratiques et une diffusion à grande échèlle de toutes les informations nécessaires pour prendre des décisions dans le domaine économique” (p. 146).
Cette méthode se veut hors de la dualité marché-planication centralisée. Elle premettrait d’assuer une meilleure tarification (prise en compte des couts sociaux), un partage et une solidarité accrue, une prise en compte des besoins humain, une démocratisation des budgets, plus de loisirs et moins de travail.
La société de demain
“L’économie participaliste produit, consomme et répartit de façon à répondre aux besoins et contribuer au développement des capacités de tous. Pour autant, une bonne économie n’est pas suffisante pour garantir une société juste” (p. 153).
C’est ainsi qu’audela de l’économie cet ouvrage nous invite à repenser également la question de l’égalité des sexes et des races, l’éducation, l’écologie, l’Etat, les relations internationales. De plus, il se conclut par un programme appelé à s’appliquer au sein de nos propres mouvements.
Le programme de l’économie participaliste est conçu pour obtenir à court terme une amélioration de la vie du plus grand nombre tout en établissant les bases nécéssaires à d’autres avancées et parvenir à long terme à une économie participaliste” (p. 173).


1 réponse jusqu'à présent ↓
Géronnez // 27 novembre , 2008 à 2:02 |
Heps Jench,
Je ne sais pas si tu connais l’entreprise Terre, consortium de 5 sociétés anonymes à Finalité Sociale.
Ils incarnent et mettent en oeuvre cette fameuse économie participaliste. Il apparaît important de comprendre ce type d’idée à partir de la pratique. C’est passionnant, bien que traversé de multiples tensions.
Chez eux, tout travailleurs décide des orientations de l’entreprise en Assemblée Général et les rémnérations se basent sur une fourchette de 1 à … 1,7.
Comme ils travaillent principalement dans la récupe, on peut dire que l’éboueur et le manager sont au même niveau de salaire.
Franchement, à découvrir.
Aplus