Échos de l’Agora

L’instinct d’institution

26 novembre , 2008 · 2 commentaires

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Prise d’empreintes

En psychologie et en éthologie, l’empreinte désigne la marque laissée par la première personne ou chose vue et à laquelle un comportement instinctif sera par la suite toujours attaché. C’est ainsi que si vous êtes la première personne aperçue par un oison à la sortie de son oeuf il vous suivra en vous considérant comme sa mère. Dans notre société, où les institutions remplacent les humains et les prennent en charge dès les premiers instants, quelles sont les empreintes laissées par celles-ci ? Quels sentiments et comportements seront développés par ceux qui en seront marqués ?

Naitre au monde ou intégrer la clinique

Dès la naissance, la marque de l’institution se fait plus forte que la marque des individus. En Belgique, l’écrasante majorité des enfants ne naissent pas à la maison, mais à la clinique. Cette pratique n’est pas due aux risques éventuels de l’accouchement, mais relève d’un choix social non rationnel. Hormis quelques cas souvent connus préalablement et statistiquement limités, la naissance est un processus naturel et physiologique qui appartient en tout premier lieu à l’enfant en train de naitre et à ses parents. Par conséquent, le passage quasi obligatoire par l’institution médicale produit une désapropriation de ce moment. L’accouchement devient un acte technique et quasi pathologique. Les parents et enfants ne sont plus que des sujets de l’intervention médicale, des patients du médecin et des clients de la clinique.

Accueil et abandon

De retour à la maison, il est déjà trop tard. La recherche d’un lieu d’accueil pour le nouveau né se fait avant la naissance. Peu nombreux sont les parents qui peuvent encore rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants. Ici encore, la mission de soins et de protection est confiée à des spécialistes dans des lieux spécialisés. Dans les matins pluvieux et sombres, les parents n’abandonnent pas seulement leurs enfants. C’est leurs places et leurs rôles qu’ils doivent céder à la crèche. Ce que les parents faisaient par amour et gratuitement des professionnels vont le faire par profession et contre salaire.

Collé à l’école

L’habitude est déjà largement prise. L’institution grandit et évolue avec l’enfant. Elle change de forme, mais reste toujours pareille à elle-même. Les règles de fonctionnement de cette société sont déjà largement intégrées. Tout savoir n’a de valeur que s’il s’apprend à l’école, les valeurs n’ont de raisons que si elles ont un sens pour l’école. La vie émotionnelle, intellectuelle et morale du jeune s’articule autour des besoins et priorités de l’institution scolaire. Ce n’est qu’en tant qu’élève que l’enfant devient individu. La route est ensuite toute tracée pour intégrer le monde professionnel.

Enfants d’institution

L’institution c’est un monde dans le monde ou plus exactement un monde hors monde. Elle fonctionne selon ses propres règles et poursuit ses propres finalités. Comme tout organisme (organisation) son but principal est d’assurer sa survie, peu importe son projet socialement autoproclamé. Pour se faire, il est important qu’elle s’aliène les individus, qu’elle devienne pour eux indispensable (qu’elle les dispense de penser). Il s’agit à chaque fois du même mécanisme qui consiste à rendre les personnes incapables et dépendantes. Les parents et les enfants sont rendus inaptes à mettre au monde leurs enfants, les soigner, les nourrir, les protéger, les éduquer et les former. La clinique, la crèche et l’école sont là pour assurer le relais face à cette défaillance socialement crée.

C’est ainsi que les parents sont chaque jour socialement discrédité dans leurs fonctions essentielles. D’une part, ceci les rend incapables de développer les compétences pour être un modèle libre, autonome et responsable pour leurs enfants. D’autre part, même s’ils ont ces compétences les institutions ne leurs laissent que peu ou pas de place pour être se modèle.

Les enfants quant à eux nourrissent une dépendance croissante pour les institutions auxquels ils doivent tout. C’est à elles que vont aller l’amour filial et la loyauté qui y est attachée. Par ailleurs, leurs rapports aux autres (et à leurs parents en tant que premier interlocuteur) n’auront de valeur que tant qu’ils seront organisés, gérés et cautionnés par les institutions seules garantes de la vie sociale.

Instituer la désinstitution

Les institutions ne sont pas bonnes ou mauvaises en soi, elles sont nécessaires à la vie sociale. Il faut cependant bien garder à l’esprit que la frontière entre organisation et asservissement est mince qu’il faut donc être vigilant pour la garantir. Pour ce faire, il est crucial de réorganiser nos institutions afin de mettre celles-ci au service du développement de la liberté, de l’autonomie et de la liberté de chacun et de tous.

Catégories : Éducation
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2 réponses jusqu'à présent ↓

  • oostens marguerite // 27 novembre , 2008 à 9:37 | Répondre

    En ouvrant mes rideaux, ce matin à 7h30, j’apercevais dans la semi obscurité, mon voisin, installer précautionneusement sa toute petite chérie, 2ans et demi, sur le porte “bagage” amélioré de son vélo et ça me fendait le coeur … pour eux deux et ceux qui les aiment.
    Sans doute ne peuvent-ils pas faire autrement et espérons que les parents n’y ajoutent pas trop de culpabilité. C’est vrai que c’est souvent la pression socaile qui pousse les parents à faire ainsi, la pression économique aussi. Mais heureusement, les consciences s’éveillent. Faisons le dans le respect et n’oublions pas que les pros de la santé et de l’éducation ne sont pas nécessairement des personnes vénales.

  • cédric // 11 mars , 2009 à 4:26 | Répondre

    Mais non c’est parce que c’est dégueulasse de naître à la maison, et c’est qui qui nettoie les cochonneries après!

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