L’usage a consacré le terme de responsable politique pour désigner les élus. Mais le vote fait-il du mandataire politique un individu responsable ? Quels nouveaux individus sortent des urnes ? Les électeurs assument-ils complètement leurs choix ? Sont-ils prêts à supporter les conséquences de leur vote ? La responsabilité est selon l’étymologie l’action qui consiste à « se porter garant de », à « répondre de ». À qui donc peut-être reprocher l’état de notre société ?
L’urne funéraire
L’opération électorale consiste à choisir des représentants et à leur donner un mandat pour exercer les charges qui leur ont été attribuées. Les missions confiées visent l’organisation du vivre ensemble. Pour réussir, l’homme politique va dicter aux citoyens les comportements qu’il attend d’eux.
Dans la théorie politique classique, le vote est donc une opération par laquelle l’électeur transmet une partie de son pouvoir à l’élu. Mais le pouvoir est-il réellement transmissible ? Est-il, tel le corps du Christ qui passe dans l’hostie lors de la communion des chrétiens (catholiques et orthodoxes) , capables de passer de votant au bulletin de vote pour ensuite rejaillir sur le corps politique ? La question mérite d’être posée.
Le pouvoir mis à nu
Le pouvoir n’appartient pas au domaine du factuel, mais de la faculté, il n’a pas de consistance matérielle, mais des conséquences matérialisées. Ce n’est pas une chose c’est un potentiel qui comprend une double dimension : une capacité d’agir et une puissance d’action. En tant que tel, le pouvoir que chacun détient est intransmissible, de la même manière que toute autre faculté telle que voir ou juger. Le seul usage que l’on peut faire du pouvoir c’est de l’exercer ou non.
Autoriser l’interdiction
En ce sens, le vote ne consiste pas à transmettre le pouvoir à un élu. Il s’agit, par contre, d’une part d’autoriser l’élu à user de son pouvoir et d’autre part d’empêcher l’électeur d’exercer le sien. Si l’enjeu du vote était l’amour et non le pouvoir, celui-ci consisterait à autoriser seulement les élus à aimer, les électeurs s’interdisant d’user de cette faculté. La case noircie dans l’isoloir réduit la capacité du citoyen et étend la puissance du politicien.
Déni de responsabilité
Lors de cette transaction, la responsabilité se perd, car dans son essence ce mécanisme nie cette capacité. L’autorisation (d’action) donnée à l’élu et l’interdiction (d’agir) posée à l’électeur conduit à les considérer tous deux comme irresponsables, car incapable d’un faire libre et autonome. Celui qui a besoin d’une autorisation est une personne à charge (donc non libre) tel un enfant. Quant à celui qui se voit interdit, c’est un incapable (donc pas autonome) tel un esclave.

Soumis au vote
Cependant, la responsabilité ne s’élude pas si facilement. Car, au moment du vote, et uniquement à cet instant, la réalité du pouvoir de chaque individu est, de manière formelle, réaffirmée. Tout électeur est considéré à cet instant comme libre, autonome et responsable. L’enjeu consiste à faire durer cette considération dans le temps. Il faut donc savoir si l’électeur va accepter de porter les conséquences de son vote, à savoir : avoir créé un puissant et s’être rendu incapable.
L’électeur conséquent
Sous cet angle, le responsable politique ne devient plus l’élu, mais l’électeur. La non-action devient dès lors un acte librement consenti et dont les conséquences peuvent être imputées à son auteur, le votant. En outre, tout membre-électeur d’une collectivité politique doit accepter de se porter garant de l’exercice du pouvoir qu’il concède à ses élus. Les choix politiques et leurs conséquences posées par les élus ne leurs sont dès lors pas imputable tant qu’ils relèvent de leur mandat seul le votant peut et doit en être tenu pour responsable.
L’attention à l’abstention
La première question qui mérite une réponse est celle de la participation au vote. Car quelle qu’en soit l’issue, celui qui y prend part cautionne. À moins que sur le bulletin n’apparaisse une case : « Abstention ».