Voter abstentionniste

Profitons de cette période post-électorale, certainement plus propice, pour avoir une saine réflexion sur les élections. Avant de se demander pour qui faut-il voter le citoyen devrait se poser la question de savoir s’il faut aller voter ? Quels bénéfices peuvent-être retiré d’un tel questionnement ? Pour quelles raison faudrait-il ou ne faudrait-il pas se rendre aux urnes ? Quels en sont les conséquences ?

L’attention sur l’abstention

L’abstentionnisme n’est pas un enjeux creux ni un faux débat. Accepter de remettre en cause le bulletin de vote permet de mettre en abîme la démocratie tel que nous la vivons, d’en faire une critique radicale. Ce n’est qu’en élevant le débat à ce niveau que les limites de système actuel peuvent être perçues et analysées. Questionner le vote c’est révéler le caractère limité de celui-ci. C’est prendre conscience que, quelque soit le résultat des urnes, une partie importante de notre réalité sociale n’en subira aucun changement. Ne pas aller voter c’est être conscient que ce qui entoure les élections relèvent pour une grande part du mythe de la responsabilité (voir sur la question: http://jcstevens.wordpress.com/2009/02/02/le-responsable-politique/).

Peu d’appelés et encore moins d’élus

Patrick Coffaro: Appel des papillons

Limitées dans leur potentiel de transformation sociale, les élections le sont également en terme de choix. Les partis, candidats et programmes soumis aux électeurs sont restreints, déterminés, élaborés et finalement présentés au peuple par une petite caste qui disposent d’un accès privilégié aux ressources intellectuelles, financières et de communications. Peu de citoyens disposent du temps et des outils adéquats pour participer correctement aux débats politiques et encore moins sont appelés à pouvoir se présenter devant leurs pairs pour se faire mandater. Les débats politiques ne sont pas des débats publics mais des représentations en publics.

Les principaux arguments anti-vote ou pro-abstentionisme peuvent être classés en deux groupes: les résignés et les révoltés. Pour les premiers, voter est inutile car de tout façon cela ne changera rien. Les seconds, quant à eux, avancent que voter est nuisible à leur liberté car cela revient à se choisir un maître. Ces deux logiques mettent à jours des vrais problèmes politiques. Car oui, d’autres forces et intérêts traversent la société et agissent indépendamment du pouvoir politique sensé régler notre vivre ensemble. Et oui, notre système d’organisation politique (la démocratie représentative) n’est pas un outil efficace d’émancipation des individus.

Des petits peu de rien du tout

Cependant, ces deux critiques font, lorsqu’elles deviennent pratique, la même erreur en la prenant par des bouts différents. L’une confond peu et rien et l’autre peu et tout. En effet, d’une part, si les élections n’ont que peu d’influence sur le cours de choses, elles ne sont pas pour autant dénuées d’effets concrets. D’autre part, se choisir un représentant n’entraine pas nécessairement un abandon de toutes actions politiques. Ce qui est par contre certain, c’est que dans les deux cas, cette abstention pratiquée est un renoncement d’une parcelle de pouvoir, aussi limité soit-il. De fait, les décisions des élus sont bien palpables et réels dans la vie quotidienne et ne pas se choisir de maître ne signifie pas automatiquement ne pas en avoir !

Ouvrir les portes de la perception

porte de perception

Le vote ne doit pas et ne devrait pas être vu comme la quintessence de l’action politique. La vie quotidienne est politique pour autant que l’intention y soit. La solution abstentionniste proposées n’assure pas le dépassement des critiques qu’elle formule. Elle ne permet pas en soi un changement de société ni n’augmente la marge de liberté des individus. Par contre, elle ouvre une nouvelle perception du champs d’action citoyen. C’est elle qui invite à penser de nouveaux principes de répartition du pouvoir, de nouveaux moyens de gérer le vivre ensemble. Sa force déstabilisatrice évite l’assoupissement du votant. Néanmoins elle ne doit pas, par excès de zèle puriste, conduire à sa fuite.

Une réponse à Voter abstentionniste

  1. Hirschbühler Jacques

    En fait, des petits partis ont organisé des débats publics. Par exemple le Front des Gauches. J’ai fini par accorder ma voix à Vélorution, mené par un Objecteur de Croissance, Reginald, et partie prenante du Front des Gauches. Cela me semblait plus utile que de m’abstenir, ce que j’ai failli faire. De toute façon, les élections ne sont pas tout. Comme le disait l’autre, si les élections servaient vraiment à changer quelque chose, d’abord ça se saurait et ensuite elles auraient déjà été interdites depuis longtemps…
    Jacques

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